CSW69: Les leaders locaux défendent l’égalité
En entrant dans les couloirs des Nations Unies pour la CSW69, il est impossible de ne pas ressentir le poids de l’histoire. Il y a trente ans, la Déclaration et le Programme d’action de Pékin (PfA) étaient salués comme une avancée majeure — une promesse que l’égalité des genres ne serait plus une simple aspiration mais une priorité mondiale urgente. Pourtant, trois décennies plus tard, la lutte pour les droits des femmes demeure cruciale.
La 69e session de la Commission de la condition de la femme (CSW69) coïncide avec le 30e anniversaire de la Déclaration de Pékin, mais aussi avec le début du second mandat de Trump, qui sape activement les progrès réalisés ces trente dernières années. Le refus des États-Unis d’appuyer la Déclaration politique de la CSW illustre un recul plus large des droits des femmes. En s’opposant aux références à l’Agenda 2030 et aux Objectifs de développement durable (ODD), les États-Unis tentent de dissocier l’égalité des genres des engagements internationaux en matière de progrès social et économique. Leur insistance à définir les femmes uniquement comme des « femmes biologiques » marginalise encore davantage les groupes vulnérables, tandis que la présentation des violences de genre comme une question migratoire détourne l’attention des inégalités structurelles.
D’après le Global Gender Gap Report 2024, la parité totale entre les sexes est encore à 134 ans de distance, et l’autonomisation politique prendra encore plus de temps — 169 ans. Les femmes restent sous-représentées dans la prise de décision, en particulier au niveau local, où les politiques influencent directement le quotidien des citoyen·nes. Les violences basées sur le genre persistent, avec 1 femme sur 3 confrontée à des violences au cours de sa vie. Ces réalités soulignent l’urgence de renforcer les réponses institutionnelles et l’action des gouvernements locaux.
Lors de la CSW69, des responsables politiques locaux réunis par CGLU, le CCRE et PLATFORMA ont débattu de la manière de contrer cette régression. L’égalité des genres est indissociable du développement local et de l’action climatique, et remettre en cause ces liens menace des acquis durement obtenus.
Pourquoi les politiques d’égalité des genres nécessitent l’implication des gouvernements locaux et régionaux
Si les cadres internationaux et les politiques nationales définissent les grandes orientations de l’égalité des genres, ce sont les gouvernements locaux qui sont responsables de leur mise en œuvre concrète auprès des citoyen·nes. Sans leur engagement, ces politiques risquent d’être inefficaces et déconnectées des réalités locales. Plusieurs domaines clés illustrent cette nécessité :
- Sécurité dans l’espace public : Les collectivités locales ont la responsabilité d’assurer des espaces publics sûrs pour les femmes sous toutes leurs diversités. L’éclairage des rues, la police de proximité et des transports en commun sécurisés sont des leviers essentiels pour réduire le harcèlement et la violence.
- Accès à la garde d’enfants et à l’éducation préscolaire : La garde d’enfants reste un obstacle majeur pour de nombreuses femmes souhaitant travailler. En développant des services de garde accessibles et abordables, les municipalités permettent aux femmes de participer au marché du travail tout en garantissant le bien-être des enfants.
- Accès au marché du travail : Les femmes continuent de faire face à des écarts de salaires, à des discriminations et à un manque d’opportunités professionnelles. Les gouvernements locaux peuvent adopter des politiques de soutien à l’entrepreneuriat féminin et à l’égalité salariale.
- Représentation politique : Les femmes sont toujours sous-représentées dans les organes de décision locaux. Les municipalités peuvent instaurer des quotas, des formations au leadership et des mesures pour encourager leur engagement politique.
- Aménagement urbain inclusif : L’urbanisme doit prendre en compte les besoins spécifiques des femmes et des groupes marginalisés, à travers des transports, logements et espaces publics adaptés.
- Accès aux soins et aux services sociaux : Les collectivités locales jouent un rôle clé dans l’accès aux soins de santé genrés, incluant la santé reproductive, le soutien en santé mentale et les services pour les victimes de violences basées sur le genre.
En intégrant l’égalité des genres dans la gouvernance locale, les municipalités créent des environnements inclusifs qui autonomisent les femmes et favorisent le progrès social.
Messages clés du CCRE à la CSW69
Le CCRE a porté un message fort et urgent lors de la CSW69 : l’égalité des genres ne peut pas rester un objectif lointain — elle doit être mise en œuvre au niveau local, là où les politiques ont un impact direct sur les communautés.
L’une des préoccupations majeures abordées à la CSW69 était la violence contre les femmes en politique. Selon l’étude du CCRE sur les femmes en politique, 41 % des élues locales subissent des attaques psychologiques portant sur leur vie privée, leur apparence ou leur statut, ce qui conduit à leur isolement et à un désengagement politique. La cyberviolence touche particulièrement les jeunes femmes : 67 % des moins de 24 ans déclarent avoir été victimes d’abus en ligne.
« La réalité est que les femmes en politique font face à une hostilité dont leurs homologues masculins ne font pas l’expérience. C’est une menace directe pour la démocratie et l’inclusivité », a déclaré Gunn Marit Helgesen, présidente du CCRE, lors de la Journée des gouvernements locaux et régionaux à la conférence.
Malgré des chiffres alarmants, seulement 29 % des victimes signalent ces violences, et encore moins — 22 % — voient des sanctions appliquées contre les agresseurs.
Le CCRE a réitéré son appel à une représentation égale à tous les niveaux de gouvernance, soulignant que les femmes ne représentent que 32 % des élu·es locaux en Europe, et que seulement 17,4 % des maires sont des femmes.
Pour soutenir un changement structurel, les mécanismes institutionnels en faveur de l’égalité des genres doivent être renforcés. Le Conseil des Communes et Régions d’Europe (CCRE) plaide depuis longtemps pour l’intégration de l’intersectionnalité dans la gouvernance locale et régionale, garantissant que les politiques abordent les multiples formes de discrimination. La Charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale demeure un outil clé pour les municipalités engagées dans l’intégration de la dimension de genre.
Au-delà de l’Europe, la coopération décentralisée offre des opportunités pour promouvoir l’égalité des genres à travers des partenariats internationaux. Un exemple est le programme « Les Élues », un projet mené par le Fonds Majorquin de Solidarité et de Coopération (Espagne) et l’Association des Femmes Conseillères de Bolivie (ACOBOL), entre autres organisations, visant à accroître la participation des femmes dans les structures décisionnelles et à favoriser un débat démocratique sur les questions de genre au niveau local.
Enfin, atteindre l’Objectif de Développement Durable (ODD) 5 (Égalité entre les sexes) nécessite une action localisée. Les gouvernements locaux et régionaux sont des acteurs clés pour sensibiliser et renforcer les capacités en faveur de l’égalité des genres. Sans leur leadership, les objectifs mondiaux risquent de rester des promesses non tenues plutôt que des réalités tangibles.
Programme de CGLU et participation de la délégation du CCRE
Cités et Gouvernements Locaux Unis (CGLU), en partenariat avec le CCRE et PLATFORMA, a organisé un programme solide lors de la CSW69. Sous le thème « Localiser Pékin+30 : le mouvement municipal mène la voie vers l’égalité et la démocratie », CGLU a animé des discussions sur le leadership municipal féministe, la gouvernance multiniveau et les engagements intergénérationnels en faveur de l’égalité des genres. Les élus du CCRE et de CGLU ont également participé à des événements clés organisés par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), Cities Alliance et d’autres agences onusiennes. Ces événements ont offert une plateforme pour plaider en faveur d’une implication accrue des gouvernements locaux dans l’élaboration de politiques sensibles au genre et pour échanger des exemples concrets d’actions locales en matière de genre menées par des municipalités du monde entier.
Dans le cadre des engagements plus larges autour de la CSW69, Boris Tonhauser, directeur de PLATFORMA, a participé à une réunion organisée par la délégation de l’UE à l’ONU. Cette rencontre a rassemblé des acteurs clés de la société civile présents à New York pour la conférence. Lors de cette réunion, Boris a présenté l’étude du CCRE sur les femmes en politique à la commissaire européenne à l’Égalité, Hadja Lahbib, et aux autres organisations présentes, soulignant la nécessité de politiques renforcées au niveau local pour soutenir le leadership féminin et la participation aux processus décisionnels.
Déclaration politique de la CSW : protéger l’égalité des genres au niveau local
La déclaration politique de la CSW69 a mis en lumière les défis actuels pour la mise en œuvre de la Déclaration de Pékin et du Programme d’action, et a inclus les engagements des États membres pour faire progresser l’égalité des genres. Cependant, dès les premiers jours de l’approbation de la déclaration par les États membres, le CCRE, PLATFORMA et CGLU ont exprimé leur inquiétude concernant des régressions linguistiques susceptibles de compromettre les avancées. Alors que les engagements pris à Pékin il y a 30 ans devraient être non négociables, les récentes années ont montré que les acquis durement obtenus en matière d’égalité des genres sont remis en question et, dans certains cas, même inversés.
Les cinq dernières années ont été marquées par des adversités mondiales — crises sanitaires et financières, conflits renouvelés et dégradation environnementale — qui ont toutes affecté de manière disproportionnée les femmes et les filles, creusant les écarts entre les genres. C’est pourquoi les gouvernements locaux et régionaux appellent à un engagement renforcé, garantissant que l’égalité des genres reste une priorité mondiale.
L’un des principaux défis de la déclaration de cette année est de s’assurer que les gouvernements locaux sont explicitement reconnus comme des acteurs essentiels dans la mise en œuvre des politiques de genre. Sans leur implication, les engagements internationaux risquent de rester des promesses vides. Face au recul de l’égalité des genres, les gouvernements locaux et régionaux continueront de plaider pour une reconnaissance accrue, des engagements financiers et des actions concrètes qui protègent et font progresser les droits des femmes au niveau communautaire. Ce n’est qu’avec une action locale, un leadership féminin et une solidarité mondiale que l’égalité des genres peut être atteinte.
Conclusion : l’avenir du multilatéralisme et le rôle du financement local
L’année 2025 est cruciale pour l’avenir du multilatéralisme et de l’égalité des genres. La CSW69 n’est qu’un des nombreux forums mondiaux où les gouvernements locaux doivent affirmer leur rôle. Les événements à venir, tels que la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement (FfD4) et le Forum politique de haut niveau (HLPF), seront essentiels pour garantir que les autorités locales soient reconnues en tant qu’acteurs de la coopération au développement et reçoivent les financements et ressources nécessaires pour mettre en œuvre efficacement les politiques d’égalité des genres aux niveaux local et international.
Les gouvernements locaux sont en première ligne du progrès. Si le monde veut capitaliser sur les réalisations de la Plateforme d’action de Pékin, le financement des initiatives locales doit être une priorité. En reconnaissant le rôle indispensable des municipalités et des autorités régionales, la communauté internationale peut s’assurer que l’égalité des genres n’est pas seulement un objectif lointain, mais une réalité vécue dans les communautés du monde entier.