Au-delà de 2030 : comment les territoires peuvent-ils contribuer à façonner l’avenir du développement durable ?
Le 5 octobre, le CCRE et PLATFORMA ont réuni près de 100 participants issus de plus de 50 pays à l’occasion d’un webinaire public consacré à l’avenir du cadre mondial du développement durable au-delà de 2030. La discussion a rassemblé des intervenants issus de la recherche, de la société civile, d’organisations de femmes et des collectivités territoriales afin de répondre à une question : comment les territoires peuvent-ils véritablement être au cœur du cadre post-2030 ?
Onze ans après l’adoption des Objectifs de développement durable (ODD), de nombreuses cibles sont encore loin d’être atteintes. Ce webinaire, qui faisait suite au débat des porte-parole du CCRE organisé en juin, a examiné les enseignements tirés de la mise en œuvre des ODD ainsi que les nouveaux défis – des risques climatiques aux bouleversements technologiques en passant par les tensions géopolitiques – qui façonneront le prochain agenda.
En ouvrant la réunion, Fabrizio Rossi, secrétaire général du CCRE, a souligné que les ODD restaient le cadre politique commun le plus important au monde, mais que leur mise en œuvre ne pourrait réussir que si elle était localisée. Les collectivités locales et régionales ne sont pas de simples exécutants des agendas mondiaux : ce sont des acteurs politiques qui transforment les engagements en services, en investissements et en politiques, et elles doivent être reconnues comme des partenaires stratégiques et des co-architectes du prochain agenda. Il a également appelé à disposer de meilleures données locales pour anticiper les risques, et à faire passer l’égalité des sexes du stade de l’engagement à celui du leadership.
Les collectivités locales et régionales devraient prendre part aux discussions ; elles devraient être présentes à la table des négociations, et non pas se contenter d’être de simples exécutantes. » – Fabrizio Rossi
Quatre scénarios possibles après 2030
Axel Berger, directeur adjoint de l’Institut allemand pour le développement et la durabilité (IDOS), a ouvert la discussion par un discours liminaire sur un programme mondial de développement durable au-delà de 2030. Il a rappelé que les ODD ont permis de réels progrès : 92 % de la population mondiale a désormais accès à l’électricité, 74 % des personnes étaient connectées à Internet en 2025 (contre 40 % en 2015), et 134 pays ont déjà atteint l’objectif relatif à la mortalité des enfants de moins de 5 ans.
Pourtant, un déficit de mise en œuvre persiste, alimenté par des chocs et des conflits successifs, un déficit de financement d’environ 4 000 milliards de dollars par an dans les pays en développement, une architecture de mise en œuvre fragile, ainsi qu’une érosion de l’appropriation politique et de la confiance.
« Le débat doit passer du nombre d’objectifs à leur finalité et à leur réalisation, en mettant l’accent sur la résilience, les nouvelles alliances et le rôle des acteurs infranationaux. »
M. Berger a souligné que les négociations sur un programme de succession se dérouleront dans un contexte plus difficile qu’en 2015, marqué par la multipolarité, un faible niveau de confiance et des crises qui se chevauchent, ce qui rend d’autant plus important un processus inclusif et favorisant la confiance.
« À l’heure actuelle, nous mettons l’accent sur des questions telles que la compétitivité et la sécurité, et les ODD de l’Agenda 2030 passent au second plan. »
M. Berger a présenté quatre voies possibles : poursuivre les ODD, les élargir avec de nouveaux objectifs, réduire le nombre d’objectifs, ou construire une nouvelle vision axée sur la mise en œuvre, la résilience et de nouvelles alliances, incluant le rôle des acteurs infranationaux. Le Sommet sur les ODD de septembre 2027 étant destiné à lancer ce processus, il a appelé à des négociations inclusives, transparentes, fondées sur la science et axées sur l’apprentissage.
« Au-delà de la poursuite de la mise en œuvre des ODD, ce que nous devons faire de toute urgence d’ici à septembre 2027 – et bien au-delà – est de forger des alliances progressistes avec des nations et des parties prenantes partageant les mêmes valeurs. » – Axel Berger
Points de vue de la société civile, de la recherche et des organisations de femmes
Jyotsna Mohan Singh, chargée de plaidoyer chez Forus International, un réseau représentant plus de 24 000 organisations de la société civile, a fait valoir que placer les territoires au cœur du processus implique de rapprocher le pouvoir, les ressources et la prise de décision des populations, et pas seulement de localiser la mise en œuvre. Elle a souligné les rôles complémentaires des collectivités locales, de la société civile et des communautés, notamment le rôle indépendant de la société civile en matière de responsabilisation, et a présenté les examens locaux volontaires comme un moyen de relier les données locales aux budgets, aux examens nationaux et à la responsabilisation mondiale.
« Placer les territoires au cœur du cadre pour l’après-2030 ne devrait pas signifier simplement demander aux territoires d’en faire davantage. Cela devrait signifier donner aux territoires, et aux personnes qui y vivent, une voix plus forte, davantage de ressources et une plus grande influence sur les décisions qui affectent leur vie. »
« Les collectivités locales ne constituent pas simplement le dernier maillon de la mise en œuvre. Ce sont des acteurs importants de la gouvernance, qui savent ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et ce dont les gens ont réellement besoin. » – Dr Jyotsna Mohan Singh
João Tavares, cofondateur et PDG de Nexus Governance, a présenté une analyse de 474 bilans locaux volontaires provenant de 359 villes dans 72 pays. Il a souligné que ces bilans locaux gagnaient en franchise : la part des défis a augmenté, passant de 11 % à 29 % des éléments signalés entre 2017 et 2025. Les villes citent le financement, les capacités institutionnelles et la coordination entre les différents niveaux de gouvernement comme leurs principaux obstacles. En Europe, 45 % des engagements sont concrets, contre 50 % à l’échelle mondiale.
« Les villes ont déjà fourni les preuves. Les bilans locaux sont de plus en plus honnêtes. Les défis sont passés de 11 % à 29 % des éléments signalés par les villes, notamment dans les territoires les plus vulnérables. » – Joao Tavares
Gabriele Köhler, membre du conseil d’administration de Women Engage for a Common Future (WECF), a mis en garde contre un recul mondial des droits des femmes, l’austérité et la militarisation prenant le pas sur les dépenses sociales. Elle a souligné les inégalités croisées et les obstacles structurels, tels que l’accès inégal aux ressources et le manque de temps, qui limitent la représentation et le leadership des femmes. Elle a également appelé à intégrer les recommandations de la CEDAW et de l’Examen périodique universel dans le suivi de l’ODD 5 au sein d’un cadre post-2030.
« Nous devons examiner les données à un niveau véritablement désagrégé pour comprendre ce qu’il advient des femmes et des filles issues de communautés défavorisées, que ce soit en fonction de leur lieu de résidence, de leur nationalité, de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre ou de leur origine ethnique. »
« Je pense qu’au-delà de 2030, ce à quoi nous devons vraiment réfléchir, c’est à une obligation de rendre des comptes contraignante. » – Gabriele Köhler
La réunion a également réuni la porte-parole du CEMR sur les ODD, Carola Gunnarsson, conseillère municipale de Sala et membre de l’Association suédoise des collectivités locales et régionales (SALAR).
« La confiance est peut-être la ressource la plus importante dont nous disposons pour gérer la transformation. »
« Si nous parvenons à renforcer ces partenariats et à placer les personnes au cœur de la prise de décision, alors les collectivités locales et régionales ne se contenteront pas de mettre en œuvre les futurs objectifs mondiaux, mais contribueront également à les façonner. » – Carola Gunnarsson
Quatre demandes clés des collectivités territoriales
En clôture du webinaire, Boris Tonhauser, directeur de PLATFORMA, a souligné que la question n’est plus de savoir si les territoires jouent un rôle dans le développement durable, mais si le prochain cadre leur donnera les moyens de contribuer à façonner les décisions, et pas seulement de les mettre en œuvre. Il a rappelé les principales revendications qui structureront la position du CCRE-PLATFORMA :
- Mettre en pratique la gouvernance à plusieurs niveaux, en attribuant aux collectivités locales et régionales un rôle bien défini dans l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi du futur cadre
- Refléter les interconnexions entre les défis actuels, en abordant de manière intégrée le climat, les inégalités, l’évolution démographique, la transformation numérique, ainsi que la paix et la sécurité
- Aligner les ambitions sur les moyens de mise en œuvre, en garantissant l’accès au financement, aux capacités, aux données et aux connaissances
- Renforcer la coopération internationale et décentralisée, en reconnaissant la contribution des collectivités locales au développement durable mondial
« Si le développement durable se joue au niveau des territoires, alors ceux-ci doivent avoir leur place à la table des décisions. Cela implique de passer d’un modèle de consultation à un modèle de véritable co-création et de gouvernance partagée. » – Boris Tonhauser